Théâtre : « Nous étions assis sur le rivage du monde » : Une grande première à l’allure princière
Les 4 et 5 février derniers, le studio-théâtre de l’École Internationale de Théâtre du Bénin (EITB) a servi de cadre pour la grande première de la pièce « Nous étions assis sur le rivage du monde » de José Pliya. Mise en scène par Nathalie Hounvo-Yekpe, cette soirée théâtre est une coproduction de l’Atelier Nomade et du Programme AWA à travers le projet « Agir ensemble pour grandir ». Au terme d’une pièce de théâtre pleine de rebondissements et soutenue par de charmantes séquences musicales, José Pliya a échangé avec le public, histoire d’éclairer sur les motivations à l’écriture d’une telle œuvre.

Interprétée par Nicole Wida, Bardol Migan, Casimir Agbla et Sidoine Agoua, « Nous étions assis sur le rivage du monde » est une pièce qui parle d’une jeune femme revenue de la métropole, dans son pays natal, pour y passer des vacances et pour revivre des moments de détente sur la plage de son enfance entouré de ses amis. Venue en première sur les lieux, Sidoine Agoua dans le rôle de cette jeune dame se retrouve confronter au refus catégorique d’un homme dur d’apparence, allongé au soleil et une glacière de bière à côté. «Vous vous trompez de pays. Vous vous trompez d’île. Vous vous trompez de plage. Nous ne sommes pas ici dans un de ces pays du froid d’où vous débarquez et où les femmes exigent des hommes hommages et compliments. Vous êtes chez moi, sur mes terres, sous ma loi.» lui lance t-il.

Bardol Migan dans le rôle de cet homme est désormais le propriétaire des lieux, et la plage, celle où cette jeune dame venait il y a quelques années avec ses amis pour y passer leurs instants d’enfance est désormais privée. Les deux se mettent alors dans une confrontation verbale et physique parsemée par moment, par de petits jeux de séduction. Mais ceci ne touche en rien la décision du supposé désormais propriétaire de l’île. D’un ton arrogant et menaçant il exige simplement le départ de la visiteuse dont la présence commence par être perturbante. L’atmosphère devient tendu, chacun des deux protagonistes défend sans répit sa position. Il réclame son départ des lieux, elle exige des réponses, qu’elle n’aura pas de si tôt.
«Je ne suis pas convaincue. Vos raisons ne me conviennent pas. Ce ne sont pas là vos raisons profondes de me voir m’en aller. Elles sonnent faux. Il en va de même pour votre autorité. Vous savez ce qu’on dit : la véritable autorité ne se discute pas ; on l’exécute et puis c’est tout. Vous n’avez pas réussi. Vous me cachez la vérité. Je ne partirai pas tant que vous ne m’aurez pas dit pourquoi je ne dois pas m’installer sur le rivage du monde. Je ne partirai pas.» laisse t-elle entendre.

Même Nicole Wida et Casimir Agbla dans le rôle des deux amis d’enfance de la jeune femme, qui se joignent à elle plus tard, n’auront ni le courage, ni la force de lui donner les réponses auxquelles elle s’attend. Décider à ne pas se retirer des lieux, elle finit par avoir gain de cause. Il était en réalité question de couleur de peau. «… Vous n’avez pas la bonne couleur de peau, elle n’est pas appropriée, elle n’est pas réglementaire(…)elle est porteuse d’une mémoire qui n’a pas sa place sur cette plage». lui lache cet homme qui exige sans faille, son départ.

Une belle métaphore qu’exploite l’auteur pour faire montre de la faussée qui se creuse entre le passée et le présent, l’homme et la femme, mais également entre les couleurs. A travers une mise en scène où le spectateur fait le voyage du passer vers le présent, vivant les flashback telle une réalité le poussant à prendre connaissance du bon vivre qu’il faisait sur cette île, les acteurs emmenaient l’assistance dans leur univers les faisaient planer dans une parfaite interprétation de leur différents rôles. Dans un décor clairsemé par la couleur blanche, arboré de lumière vives et d’une ambiance musicale transcendante, on vit un spectacle, résultat d’une mise en scène soigneusement et esthétiquement bien réalisée. Une précision parfaite et harmonieuse se lit à travers cette représentation qui donne chair au protagonistes de cette pièce.

Dans ces propos à la fin de la représentation, José Pliya, auteur de plusieurs pièces traduites et jouées de par le monde, révèle que cette œuvre est la résultante d’une résidence de création en Martinique. Au delà de ses observations sur les réalités socio-culturelles de son environnement et de l’importance accordée à la différence entre les couleurs de peaux, l’auteur a relater au public une anecdote en tant que père d’une fille métisse. Une situation qui lui a en retour permis de se persuader sur la thématique de son livre.

« Nous étions assis sur le rivage du monde » est juste une œuvre majestueusement bien écrite par José Pliya, professionnellement mise en scène par Nathalie Hounvo-Yekpe et gracieusement interprétée par des comédiens bien aguerris.
Bérénice Célia Gainsi
Share this content:



Laisser un commentaire