Fâ et foi chrétienne : le regard éclairé et nuancé du pasteur Sylvain Atindekoun
Dans le cadre de notre série d’articles sur les personnalités interviewées lors de notre production entrant dans le cadre du Prix Cultura Afrique Francophone Bénin 2025, où nous avons eu l’honneur de remporter le prix de meilleure journaliste de la presse numérique, le pasteur Sylvain Atindekoun, de l’église Grace Impact Ministry, s’est exprimé avec franchise et profondeur sur le Fâ, système divinatoire traditionnel du Bénin souvent méconnu mais reconnu comme patrimoine culturel. À travers son regard, nous découvrons une réflexion qui conjugue foi chrétienne, respect des traditions et compréhension des pratiques culturelles ancestrales.
Pour introduire le sujet, le pasteur commence par situer le Fâ dans le cadre culturel et spirituel « Je ne sais pas grande chose sur la divinité Fâ, mais je reconnais que d’abord Fâ est une divinité comme toute autre divinité… c’est une culture, c’est une tradition, c’est une réalité culturelle que je reconnais. ». Il insiste sur le respect dû aux traditions et à leur rôle dans l’histoire des nations. « Chaque nation, chaque culture a sa divinité et la protège. Fâ est également une divinité qui a bien sûr son utilité dans cette région, dans cette culture, dans cette nation. » affirme t-il.
Ainsi, même s’il s’agit officiellement d’un système divinatoire, le pasteur choisit de parler de Fâ comme d’une divinité, soulignant l’importance de reconnaître le rôle spirituel et culturel que cette pratique occupe dans la société béninoise.

La foi naturelle et la foi salvatrice
Lorsque ses fidèles l’interrogent sur la compatibilité entre la pratique du Fâ et la foi chrétienne, le pasteur propose une distinction essentielle entre deux types de foi; celle naturelle qui est présente chez tout être humain, et la foi salvatrice, qui vient directement de Dieu et permet de devenir enfant de Dieu. Il explique « La foi naturelle est utilisée par tout le monde, que tu sois musulman, vaudou ou chrétien. Même la foi utilisée par les adeptes de Fâ est une foi naturelle… Mais la foi qui sauve, pour devenir enfant de Dieu, ne provient pas de l’individu, elle provient de Dieu. La foi vient en écoutant la parole… Nous sommes sauvés par la grâce. »
Il développe l’idée que cette foi naturelle guide les choix et les actions humaines, même en dehors des pratiques religieuses « Tout fonctionne en fonction de la foi. C’est comme si tu sors le matin et tu te dis : “Moi je sais qu’aujourd’hui sera une très belle journée pour moi. Je vais m’en sortir.” Tu as la conviction, ça va marcher, pas parce que tu es fort ou meilleur que quelqu’un d’autre, mais parce que tu crois et tu as cette certitude. ». Cette réflexion éclaire le comportement des fidèles qui consultent le Fâ « Les gens y croient, ils reçoivent des réponses… Comme quelqu’un qui prend de l’eau bénite, ce n’est pas l’eau qui fait l’effet, mais la foi qu’il a en cette eau. »
Coexistence plutôt que conflit
Interrogé sur la coexistence entre croyances traditionnelles et religions monothéistes, le pasteur Atindekoun choisit une posture ouverte et pacifiste, rappelant que la diversité spirituelle ne doit pas être source de conflit « Coexistence, oui, mais conflits, non… Dieu aime tout le monde, le prêtre de Fâ est hautement aimé, tel que Dieu m’aime. » affirme t-il. Il insiste également sur la liberté de chacun de faire ses propres choix spirituels « Un proche qui se forme à la divination Fâ a fait un choix… Je respecterai son choix. Je lui montrerai la lumière, je lui parlerai de Jésus-Christ et de l’amour de Dieu. Mais je ne dois pas être un blocage pour lui. » . Ainsi, le pasteur prône le respect mutuel et la compréhension des pratiques culturelles, tout en maintenant sa foi chrétienne comme fondement de sa réflexion.
Une reconnaissance culturelle nécessaire
Le pasteur se réjouit de la reconnaissance internationale portée au Fâ par l’UNESCO, qui valorise le patrimoine spirituel et culturel africain « L’UNESCO est dans son rôle pour permettre aux gens de ne pas perdre ce qu’ils ont de plus précieux… Chaque pays a sa divinité, ça fait partie des réalités. » Selon lui, cette reconnaissance contribue à préserver l’histoire, la culture et les pratiques ancestrales dans un monde en constante évolution.
Vers une meilleure compréhension des traditions
À travers cet entretien, le pasteur Sylvain Atindekoun offre une lecture nuancée et humaine du Fâ. Ses propos montrent que cette pratique traditionnelle, loin d’être opposée à la foi chrétienne, peut coexister avec elle si elle est comprise dans le cadre de la foi naturelle et du respect des choix individuels. « Tout ce que font les hommes dans ces pratiques montre la soif de rencontrer leur Dieu… Ce n’est pas d’abord le diable, c’est le désir profond de chercher Dieu, de communiquer avec le Tout-Puissant. »
Cet éclairage invite à une compréhension plus large des traditions béninoises, et démontre que dialogue et coexistence sont possibles, avec amour et respect mutuel. Prochainement, nous partagerons avec vous les propos de l’artiste slameur béninois Amagbégnon, qui abordera le même sujet sous un angle culturel et artistique, apportant une perspective complémentaire à cette riche discussion sur le Fâ et la spiritualité au Bénin.
Bérénice Célia Gainsi
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