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Théâtre/Sweet Amalia : Quand la gloire du feu des projecteurs cède place à la froideur de l’absence

Théâtre/Sweet Amalia : Quand la gloire du feu des projecteurs cède place à la froideur de l’absence

Les 13, 14 et 15 novembre 2025, la compagnie d’Homme Arts Homme a offert au public béninois une trilogie de soirées hors du commun à la Bourse du Travail de Cotonou. Trois représentations de Sweet Amalia, pièce écrite par Pierre Koestel et mise en scène par Carole Lokossou, dans le cadre du festival Dayihoun-Théâtre. Sous un ciel ouvert, dans la chaleur des projecteurs, le public a été captivé par une mise en scène épurée, un jeu d’acteur intense et une musique vivante qui pulse comme un cœur.

Sur scène, presque rien. Juste un miroir, une chaise, quelques cloisons sombres. Et pourtant, ces quelques éléments suffisaient à créer un monde complet. Un décor dépouillé qui reflétait à merveille le vide laissé dans la vie du personnage. Par ce choix artistique fort, la metteure en scène Carole Lokossou a laissé toute la place au texte, aux corps, aux regards. C’était comme si chaque silence devenait un désert, et chaque geste, une gifle de vérité.

Sous les projecteurs, à la lumière crue, le théâtre prenait une dimension presque intime, comme si chaque spectateur avait été convié à une confidence. Une confidence douloureuse, mais nécessaire.

Un comédien au cœur de sa tourmente Dans ce cadre minimaliste, Casimir Agbla, plus connu sous le nom de Dom-Dom, a livré une performance saisissante. Il interprétait Arnold, un homme abandonné par Amalia, son amour, sans explication. Tout au long de la pièce, il cherche à comprendre, à guérir, à survivre au vide immense laissé par cet amour disparu. Son jeu est juste, vibrant, parfois presque brut. Par moments, il frôle la folie et c’est bouleversant.

Ce n’est pas seulement la douleur d’un homme que Dom-Dom partage avec le public, mais presque celle de tous ceux qui ont déjà aimé sans retour. En un instant, avec un regard ou une phrase, il rend l’histoire d’Arnold universelle. Son interprétation de Bérénice, ce personnage féminin qui doit étouffer ses sentiments pour Titus, résonne comme une métaphore puissante. Parfois, l’amour ne suffit pas.

La musique, comme un cœur qui bat Et si la pièce respire, c’est aussi grâce à la musique. Merveil Ulrich Abotchi, virtuose, tantôt à la batterie, tantôt au piano, n’était pas qu’un accompagnateur. Il était une présence vivante, une âme jumelle. Sa musique donnait chair au silence, pulsait comme un cœur, grondait comme un souffle de colère ou murmurait comme un souvenir.

Chaque note semblait prolonger le souffle d’Arnold. On aurait dit que son instrument savait tout de sa douleur. C’était un dialogue entre un corps et un son, un acteur et un musicien qui se répondent sans parole. Un duo magistral.

Une réception à la hauteur de l’émotion Pendant trois soirs, la Bourse du Travail était pleine, et les applaudissements à la hauteur de la générosité du spectacle. Hommes, femmes, jeunes, étudiants, passionnés de théâtre ou simples curieux, tous se sont laissés emporter. Beaucoup sont repartis silencieux, comme touchés par une vérité qu’ils ne savaient pas chercher.

En plein air, sous les étoiles, avec pour décor le murmure de la ville, Sweet Amalia n’était pas qu’une pièce, c’était une rencontre. Une rencontre avec la fragilité, avec l’amour, avec nous-mêmes.

Avec Sweet Amalia, la compagnie d’Homme Arts Homme prouve une nouvelle fois que l’art dramatique peut être à la fois simple et puissant. La mise en scène dépouillée de Carole Lokossou, le jeu poignant de Dom-Dom, et la musique sensible de Merveil Abotchi ont créé une alchimie rare, qui place l’humain au centre.

Ce spectacle restera sans doute comme l’un des moments forts du Dayihoun-Théâtre 2026. Un moment qui rappelle que le théâtre, dans sa forme la plus pure, peut encore nous toucher profondément, nous bouleverser, et nous réunir.

Bérénice Célia Gainsi

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