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26ᵉ Journées Théâtrales de Carthage : Quand la scène devient conscience du monde

26ᵉ Journées Théâtrales de Carthage : Quand la scène devient conscience du monde

Tunis a vibré au rythme du théâtre. Le Théâtre de l’Opéra, au cœur de la Cité de la Culture, a accueilli le 22 novembre dernier, l’ouverture de la 26ᵉ édition des Journées Théâtrales de Carthage (JTC), un rendez-vous majeur qui rassemble cette année artistes, penseurs et publics venus d’Afrique, du monde arabe, d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Sous le regard de la ministre tunisienne des Affaires Culturelles, Amina Srarfi, la soirée inaugurale a dévoilé une édition profondément engagée, fidèle à la vocation intellectuelle et humaine de cet art. La vocation d’un théâtre qui observe, questionne, résiste, et surtout, éclaire.

Mounir Argui / Directeur des JTC 2025

Dans son discours inaugural, le directeur de cette édition, Mounir Argui, a posé le ton d’un festival ancré dans la réflexion et la responsabilité. Rappelant les mots de Bertolt Brecht. Il a souligné que le théâtre ne peut être un simple divertissement. Selon Argui, il est un lieu de conscience, de transformation et de liberté, un espace où la pensée devient action et où la scène tient lieu de refuge face aux violences symboliques et réelles qui traversent le monde. L’émotion fut vive lorsque Gaza fut évoquée, « meurtrie mais debout », rappelant la force du geste artistique qui préserve la mémoire et ravive la dignité même dans le chaos.

Le thème des JTC 2025

Le thème choisi pour cette édition, « Le théâtre, une conscience et un changement. Le théâtre, le cœur battant de la rue », résume l’ambition de décloisonner la scène. Les JTC 2025 veulent un théâtre au contact du réel, un théâtre citoyen, un théâtre qui se fait voix de la rue et miroir des luttes contemporaines. Cette vision prend forme à travers un Forum Théâtral International consacré à « L’Artiste de théâtre, son temps et son œuvre », espace où dramaturges, metteurs en scène, chercheurs et créateurs interrogent leur rôle dans un monde fragmenté.

Une programmation foisonnante et exigeante

Avec 83 spectacles au total, dont 12 en compétition officielle, les JTC confirment une diversité remarquable géographique, esthétique et narrative. La programmation comprend : 12 spectacles en compétition venant d’Afrique et du monde arabe ; 10 créations tunisiennes hors compétition ; une sélection internationale issue d’Europe, d’Asie, d’Amérique et du continent africain ; deux spectacles dédiés au jeune public.

Autour des représentations, sept ateliers de formation (mise en scène, dramaturgie, critique, jeu d’acteur…) sont animés par des maîtres tels que Fadhel Jaibi, Igor Yatsco, Evdokimos Tsolakidis et Mihaela M. Mihut. Deux masterclass prolongent la réflexion, dont une rencontre dédiée au penseur Patrice Pavis, figure phare de la théorie théâtrale.

Hommages : l’Afrique et le monde arabe célébrés

Fidèles à leur tradition, les JTC ont ouvert la cérémonie par une série d’hommages à des personnalités qui ont façonné le paysage du spectacle vivant. Ont notamment été célébrés : Latefa Ahrar, grande figure marocaine, comédienne et metteuse en scène au parcours international ; Abderrahman Kamaté, dramaturge et directeur du MASA, pilier des réseaux de création en Afrique ; ainsi que six icônes tunisiennes : Ali Khemiri, Lazheri Sebii, Leila Rezgui, Fethi Akkari, Slim Sanhaji et Hedi Boumiiza.

Un hommage pluriel qui témoigne de la vitalité du théâtre africain et arabe, enraciné dans l’histoire mais tourné vers les nouvelles écritures.

Un jury à l’image de la diversité du festival

La compétition officielle est présidée par le dramaturge tunisien Lassaad Ben Abdallah, entouré d’un jury aux parcours et sensibilités variés : Malek Laakoun (Algérie), Saade Aldaass (Koweït), Abdon Fortunée (Congo), Imed El May (Tunisie) et Thameur Arbid (Syrie).

Un ensemble cohérent, capable d’apprécier la pluralité des formes théâtrales présentées.

Une édition sous le signe de la lucidité et de l’espérance

Des rues de Tunis aux scènes du monde, cette 26ᵉ édition affirme une conviction. Une conviction qui démontre que le théâtre n’est pas un art de l’ombre, mais une lumière qui traverse les époques, accompagne les peuples et ouvre des horizons. À Carthage, le théâtre redevient ce qu’il est depuis toujours : une conscience qui éclaire et un art qui transforme.

Bérénice Célia Gainsi

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