EDABÔ 2025 : quand l’humour béninois fait ses adieux à l’année
La salle rouge du Palais des Congrès de Cotonou affichait complet, le samedi 03 janvier 2026. Ponctuel, chaleureux et visiblement acquis à la cause du rire, le public a répondu massivement présent à l’appel de Kromozom et Pachéco pour l’édition 2025 du spectacle d’humour Edabô, devenu au fil des années un rendez-vous incontournable de fin d’année au Bénin. 6è édition depuis sa création en 2019, Edabô 2025 a tenu toutes ses promesses durant près de deux heures de spectacle, mêlant humour, satire sociale, clins d’œil politiques, messages patriotiques et innovations scéniques.
Dès l’ouverture, le décor donne le ton. Une lumière rouge et blanche, tantôt figée tantôt scintillante, enveloppe la scène et crée une atmosphère solennelle et festive à la fois. En fond de scène, une imposante photo de Kromozom et Pachéco occupe une large partie de l’espace, affirmant le leadership du duo dans cet événement devenu une marque. Quatre palettes lumineuses verticales disposées à l’arrière représentent la jarre trouée, symbole fort, rappelant à la fois que l’union fait la force, les réalités sociales, les espoirs qui s’échappent et les défis persistants. Une séquence de danse royale, intégrée à la mise en scène, vient apporter de la couleur et une touche esthétique nouvelle, marquant une évolution notable par rapport à l’édition précédente.

Une première partie dynamique et bien rythmée
La première partie du spectacle a permis au public de découvrir ou redécouvrir plusieurs talents, dans une progression bien pensée : Jacques Ablaté du Togo ouvre le bal avec une prestation appréciée, apportant une dimension sous-régionale à l’événement. Kenneth Yannick poursuit avec un humour ancré dans le quotidien. Udvence Wêkê, le visage féminin de ce spectacle, très en forme sur scène, marque les esprits avec un sketch particulièrement remarqué sur le phénomène des maitresses des hommes mariés communément appelées »les tchiza », déclenchant de francs éclats de rire dans la salle. Une entrée en matière efficace, qui prépare le terrain pour les têtes d’affiche.
Kromozom et Pachéco : entrées remarquées, satire et messages forts
La seconde partie est dominée par les maîtres de la cérémonie. Kromozom ouvre son passage par une prière ironique, adressée à Dieu le Père et aux mânes des ancêtres, un procédé humoristique bien maîtrisé qui installe immédiatement la complicité avec le public. L’entrée de Pachéco, encore appelé “Monsieur gros français”, est tout aussi remarquable et donne lieu à l’un des moments les plus comiques de la soirée. Refusant une présentation jugée trop »légère et facile », l’humoriste exige de Kromozom une présentation en français soutenu, à la hauteur de son personnage. S’ensuit un échange savoureux de vannes, où Kromozom, se réclamant digne descendant d’une lignée royale, estime que Pachéco lui a manqué de respect et exige des excuses en tant que roi. D’où la scène de la danse royale d’Abomey présentant Kromozom comme le Roi du moment. Ce sketch accrocheur, très rigolo et fortement applaudi, installe durablement le rire dans la salle et confirme l’alchimie scénique du duo.
Les deux humoristes déroulent ensuite une série de sketches inspirés de l’actualité politique et sociale, de faits marquants de l’année écoulée et de situations de la vie courante. Une mention spéciale est faite aux personnalités et événements ayant marqué l’année, toujours traités avec humour et recul. Moment fort de la soirée, le message adressé au Chef de l’État, intitulé «Monsieur le Président, on se souviendra de vous», mêlant satire et reconnaissance. Un sketch très ancré dans l’actualité politique, introduit par la formule désormais classique indiquant que toute ressemblance ne serait que fortuite. Le public assiste ainsi à un pseudo-échange entre l’actuel Président de la République Patrice Talon et son prédécesseur Boni Yayi, ponctué par une scène de messager volontairement répétitive. Au-delà du rire, le duo glisse un message patriotique, appelant à la paix et à la cohésion nationale, rappelant que l’humour peut aussi être un vecteur de conscience citoyenne.
Une soirée réussie malgré quelques failles techniques
Si Edabô 2025 a été globalement bien organisé et s’est déroulé dans une ambiance conviviale et maîtrisée, quelques manquements techniques, notamment au niveau des microphones, ont parfois perturbé la fluidité de certaines interventions. Des coupures et variations de son ont été perceptibles, sans toutefois entacher durablement l’enthousiasme du public.
Regards critiques et pistes d’amélioration
Edabô confirme, édition après édition, son statut de grand rendez-vous de l’humour béninois. L’édition 2025 se distingue par une scénographie plus travaillée et une volonté d’innovation appréciable. Toutefois, une meilleure anticipation des aspects techniques, notamment la sonorisation, renforcerait encore l’expérience globale. Par ailleurs, si l’ancrage dans l’actualité politique fait partie de l’ADN du spectacle, un équilibre plus marqué entre satire politique et thématiques sociales universelles pourrait permettre de toucher un public encore plus large et diversifié. Malgré ces points perfectibles, Edabô 2025 reste une réussite, portée par un duo complice, un public engagé et une vision claire, celle d’offrir à chaque fin d’année, un espace de rire, de réflexion et de communion populaire.
A la fin du spectacle que Pachéco et Kromozom sous les applaudissements nourris du public, se sont échangé, des messages de reconnaissance et de remerciements, saluant un partenariat solide qui dure depuis plusieurs années et qui continue de faire rayonner l’humour béninois.
Bérénice Célia Gainsi
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