Ismaël Lo à 70 ans : un demi-siècle de musique au service de la paix et du partage
À 70 ans, Ismaël Lo continue de regarder la musique comme une aventure qui ne fait que se poursuivre. De ses premiers pas à la télévision sénégalaise à la reconnaissance internationale de titres comme « Tajabone », « Dibi Dibi Rek » ou « Diamond Africa », l’artiste revient sur une carrière marquée par les rencontres, les voyages et la volonté de transmettre des messages de paix et de tolérance.
Ismaël Lo célèbre ses 70 ans ce dimanche. Près d’un demi-siècle après ses débuts, le chanteur et musicien sénégalais garde un regard reconnaissant sur le chemin parcouru. Interrogé par RFI sur cette longue carrière, l’artiste évoque avant tout «Un sentiment de satisfaction et de rendre grâce aussi à Allah qui m’a donné cette possibilité d’exister, de continuer à aimer ce que je fais, c’est à dire évoluer dans le domaine de la musique.»
Pourtant, la musique n’était pas forcément destinée à devenir son métier. Dans ses souvenirs, Ismaël Lo se rappelle notamment son premier passage à la télévision sénégalaise, sur l’émission Télé Variétés. Il y découvre le trac d’un jeune artiste qui n’imaginait pas encore jusqu’où cette passion allait le conduire. «Ce qui me vient en premier, c’est mon premier passage à la télévision, le premier jour, j’avais un trac fou. J’étais au studio de la RTS avec Maguette Wade, un animateur de la télévision sénégalaise et l’émission s’appelait Télé Variétés, c’était mon premier passage à la télévision.»
À l’époque, son projet était pourtant tout autre. «C’est la musique qui est venue à moi», explique-t-il, avant de rappeler qu’il envisageait initialement une carrière semblable à celle de son père, douanier. Il pensait notamment devenir médecin avant de finalement se consacrer pleinement à la musique.

De Dakar à l’Europe, le choc de la rencontre
Le début de sa carrière internationale constitue également un souvenir fort. Sa première arrivée en France et en Europe lui fait découvrir un environnement et des habitudes très différents de ceux auxquels il était habitué au Sénégal. L’artiste raconte avoir été marqué par le rythme de vie et les relations entre les personnes. Lui qui souhaitait naturellement saluer son voisin et aller à la rencontre des autres s’est retrouvé confronté à une autre manière de vivre «Mais ce n’était pas la même culture. Et ça m’a bouleversé, parce que les gens couraient de gauche à droite. C’était limite, ton voisin tu lui dis bonjour, il ne te répond même pas.»
Cette expérience nourrit alors chez lui un sentiment de nostalgie et l’envie de retrouver son environnement d’origine, marqué selon lui par l’hospitalité et la convivialité. Cette expérience donnera naissance à « Xalat », une chanson qui traduit justement cette envie de rentrer chez lui.
«Tajabone», le titre qui a dépassé son créateur
Parmi les chansons qui ont marqué son parcours, «Tajabone» occupe une place particulière. Ismaël Lo se souvient de cette fête de son enfance, des déguisements et de l’ambiance qui régnait alors dans son quartier. «Tajabone, c’est le début de l’année musulmane. Je me rappelle quand nous étions petits, dans le quartier, c’était la fête. Après le couscous, le dîner le soir, on se déguisait.»
Ces souvenirs d’enfance ont nourri son inspiration et l’ont conduit à composer une chanson autour de cette célébration. Des années plus tard, le morceau allait connaître une destinée internationale que l’artiste lui-même considère avec étonnement. «Mais aujourd’hui, ce titre me fascine et me dépasse. Parce que la chanson Tajabone est mondialement connue.»
Ismaël Lo ne réduit toutefois pas son œuvre à ce seul succès. Il considère chacune de ses compositions comme une partie de lui-même, à l’image d’enfants dont les destins peuvent être différents. «Je suis fier de toutes mes chansons. C’est comme si vous me demandiez si je suis plus fier de tel ou tel enfant. Mes compositions sont comme mes enfants.». Certains titres ont néanmoins davantage rencontré le public que d’autres. «Tajabone», «Dibi Dibi Rek» et «Diamond Africa» sont ainsi sorties du lot.
Pour expliquer cette réussite particulière, l’artiste ne cherche pas de formule toute faite «Mais c’est ça, c’est divin. Je ne peux pas l’expliquer. C’est difficile à expliquer parce que quand tu écris, tu écris pour toi d’abord et pour le public après, c’est un partage.»
Une musique au service de la paix
Au fil de sa carrière, Ismaël Lo a également choisi de faire de la musique un espace de transmission. La paix, la tolérance, la justice, l’amour et le partage apparaissent comme des valeurs importantes dans son approche artistique. Pour lui, une chanson doit pouvoir porter du sens et contribuer, à son niveau, à une société plus apaisée. «Mais bien sûr, c’est ça mon idéal, c’est ça qui me pousse à écrire. Aujourd’hui, si tu écris, il faut écrire quelque chose avec du sens, qui peut amener les gens à être tolérants, à vivre d’amour et de partage, pas de haine, et que les armes se taisent pour que les enfants puissent grandir dans le bonheur et dans la joie.»
Une conception de la musique qui semble s’inscrire naturellement dans son processus de création.«La chanson contribue à l’apaisement des cœurs, à sensibiliser. Ça vient naturellement. À partir de ce moment-là, tu peaufines, tu réarranges, tu dis non, c’est mieux de dire ça. Ma passion pour la musique est spontanée.»
70 ans, mais toujours l’envie de créer
L’anniversaire des 70 ans ne semble finalement pas modifier la manière dont Ismaël Lo se perçoit. Face à ce chiffre, il revendique une jeunesse intérieure qui continue de nourrir sa créativité. «Je ne sais pas. En tout cas, vous insistez sur mes 70 ans. Quand on me dit que j’ai 70 ans, je dis ah bon, j’ai 70 ans. Dans ma tête, j’ai 35 ans ou 25 ans.»

Loin de parler de retraite, l’artiste affirme au contraire vouloir poursuivre l’écriture et préparer de nouvelles œuvres «Je continue à écrire de nouvelles chansons. J’ai toujours cet amour, cette envie de continuer à écrire de nouvelles chansons, écrire et de sortir un nouvel album, Inch’Allah.» . Quant à la date de sortie de ce nouvel album, Ismaël Lo reste fidèle à sa réponse habituelle, entre prudence et promesse : «Inch’Allah bientôt. Moi je dis toujours bientôt».
À 70 ans, celui qui a consacré près de cinq décennies à la musique regarde donc derrière lui avec gratitude, mais surtout devant lui avec l’envie de continuer. Une nouvelle génération de chansons pourrait ainsi bientôt prolonger une œuvre déjà largement inscrite dans l’histoire de la musique sénégalaise et africaine.
Retrouvez l’interview intégrale réalisée par RFI ICI
Bérénice Célia Gainsi
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