×

MASA 2026 / Mobilité artistique en Afrique : repenser les modèles pour libérer la créativité du continent

MASA 2026 / Mobilité artistique en Afrique : repenser les modèles pour libérer la créativité du continent

Dans le cadre de la 14è édition du Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan (MASA 2026) qui se déroule dans la capitale ivoirienne, la question de la mobilité des artistes africains était au cœur d’une table-ronde. Intitulée « Les fonds d’aide à la mobilité, cartographie et bonnes pratiques au profit des artistes, des œuvres et des professionnels africains », cette rencontre qui s’est faite le dimanche 12 avril 2026, à la salle Christian Lattier a réuni un public diversifié, visiblement captivé par les échanges au point de prolonger les discussions bien au-delà du temps imparti.

Animée par Béatrice Waruinge de Connect for Culture Africa (Kenya), la session a rassemblé plusieurs expertes du secteur culturel : Ouafa Belgacem (Culture Funding Watch, Tunisie), Diana Ramarohtra (Organisation internationale de la Francophonie – OIF) et Mantchini Traoré (Institut français, programme Connect & Create). Ensemble, elles ont dressé un état des lieux des dispositifs existants tout en esquissant des pistes concrètes pour améliorer la circulation des artistes africains.

Au fil des interventions, une idée forte s’est imposée : l’Afrique doit avant tout s’appuyer sur ses propres ressources pour développer la mobilité de ses acteurs culturels. « Nous sommes dans des pays qui ont très peu de moyens. Sur la question de la mobilité, il faut d’abord s’intéresser à ce qu’on a pour le maximiser », a insisté Ouafa Belgacem. Pour illustrer son propos, elle a évoqué des exemples inspirants, notamment celui de l’Afrique du Sud, où certains dispositifs permettent de préfinancer billets d’avion et visas, remboursés ensuite via les revenus des artistes.

La spécialiste tunisienne a également plaidé pour une dynamique collective « Il faut aussi se mettre ensemble ». Elle a cité le Maroc, où mécénat et philanthropie jouent un rôle clé dans le financement culturel, ainsi que le Niger, qui mise sur des mécanismes internes de solidarité. Dans cette logique, elle a mis en garde contre une dépendance excessive aux financements extérieurs « Ce n’est pas normal que ce soient des investissements étrangers qui financent le déplacement de nos artistes. Cela enfreint à la souveraineté culturelle ».

Pour elle, le développement de la philanthropie locale reste une piste majeure « Que le cadre administratif favorise la philanthropie et le mécénat. Il faut favoriser l’accessibilité des ressources à tout le monde et à la diversité ». Une vision qui s’inscrit dans une approche plus globale de coopération sud-sud.

Au-delà des financements, les intervenantes ont souligné l’importance stratégique de la mobilité dans la structuration des carrières artistiques et le développement de l’économie culturelle. « La mobilité va au-delà des voyages. C’est un outil stratégique. Ça doit être une chaîne de valeurs qui doivent être inscrites dans la durabilité », a expliqué Mantchini Traoré, appelant à une meilleure articulation entre politiques culturelles et coopération internationale.

Dans la même dynamique, elle a insisté sur la nécessité d’un travail concerté entre institutions « Aujourd’hui, la mobilité est une approche politique et de coopération. Il faut travailler entre organisations ».

De son côté, Diana Ramarohtra a mis l’accent sur le rôle des États et des cadres réglementaires « Nous agissons sur la chaîne de valeur. Les lois et les conventions restent. Mais il faut mobiliser les Etats pour qu’ils sachent ce à quoi font face les artistes. Ces derniers et les biens culturels doivent avoir un statut particulier dans les échanges ». Elle a également annoncé la volonté de l’OIF de poursuivre la numérisation des contenus culturels francophones.

Malgré les opportunités identifiées, les défis restent nombreux. Entre le coût élevé des billets d’avion, les contraintes liées aux visas, les difficultés de connectivité ou encore les barrières linguistiques, la mobilité artistique en Afrique se heurte à des obstacles structurels persistants. Face à ces réalités, les expertes appellent à une meilleure structuration des carrières artistiques et à un renforcement des collaborations entre pays africains. Pour Béatrice Waruinge, l’ambition est claire « on a la vision pour atteindre la mobilité dans le développement culturel. Il faut qu’on arrive à se déplacer sans limite au sein du continent et même au-delà » affirme t-elle.

Au terme des échanges, une conviction s’impose. Celle que la mobilité des artistes africains ne se limite pas à un simple déplacement. Elle constitue un levier essentiel pour la vitalité culturelle du continent, à condition de repenser les modèles de financement, de renforcer les coopérations et de valoriser les ressources locales.

Bérénice Célia Gainsi ( Source: masa-ci.org )

Share this content:

Laisser un commentaire

You May Have Missed