«Mon corps, c’est mon corps» : un livre pour apprendre aux enfants à se protéger
Donner aux enfants les mots et les repères nécessaires pour reconnaître les situations inappropriées et savoir vers qui se tourner lorsqu’ils se sentent en danger. C’est l’ambition de Mon corps, c’est mon corps, le nouvel ouvrage de la psychologue et consultante en parentalité et protection de l’enfant, Intisor K. Busari. Officiellement lancé le vendredi 4 septembre 2026 à l’Hôtel Azalaï de Cotonou, au cours d’une cérémonie qui a réuni un public nombreux, des professionnels de la protection de l’enfant ainsi que plusieurs personnalités, dont le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, et la ministre de la Famille et de l’Action sociale, Véronique Tognifodé, l’ouvrage ouvre une réflexion essentielle sur l’éducation à la protection du corps et sur la responsabilité des adultes face à la sécurité des enfants.

Dans une salle largement mobilisée pour l’occasion, le lancement de Mon corps, c’est mon corps a rapidement dépassé le cadre d’une simple présentation littéraire. Pour Intisor K. Busari, l’enjeu est ailleurs et c’est de créer les conditions d’un dialogue que les adultes hésitent encore parfois à engager avec les enfants «Nous ne sommes pas simplement réunis pour lancer un livre, nous sommes réunis pour ouvrir une conversation essentielle avec nos enfants, une conversation sur l’amour, sur leur droit de dire non, sur leur droit de demander de l’aide, sur leur droit de poser des questions.» affirme-t-elle.
À travers cet ouvrage, l’autrice veut donner aux enfants des mots simples pour comprendre leur corps, identifier leurs limites et reconnaître certaines situations susceptibles de les mettre en danger. Une démarche qui part d’un constat : on apprend aux enfants à traverser une route, à éviter le feu ou encore à adopter certains comportements à l’école. Mais lorsqu’il s’agit du corps, de l’intimité et des limites personnelles, le dialogue reste souvent difficile. Pour Intisor K. Busari, cette éducation est pourtant essentielle. L’enfant doit pouvoir dire «non, je ne veux pas», «je ne suis pas à l’aise», mais aussi savoir à quel adulte de confiance s’adresser lorsqu’une situation lui paraît anormale.

«Ce n’est jamais à l’enfant de porter la responsabilité de sa propre protection»
L’un des messages les plus forts portés par l’autrice au cours de la cérémonie concerne justement la responsabilité des adultes. Mon corps, c’est mon corps n’a pas vocation à transférer sur l’enfant la charge de se protéger seul «Ce n’est jamais à l’enfant de porter sur lui la responsabilité de sa propre protection. Cette responsabilité est d’abord la nôtre, c’est celle des parents ici présents, c’est celle des conseillers, c’est celle des institutions de la République, c’est celle des organisations, c’est celle de toute la communauté.» Une responsabilité collective que l’autrice résume à travers une formule inspirée d’un célèbre proverbe africain : «Il faut tout un village pour élever un enfant.» Et si tout un village est nécessaire pour élever un enfant, rappelle-t-elle, «il faut aussi tout un village pour le protéger».
La protection ne doit donc pas attendre qu’une situation grave survienne. Elle passe aussi par la prévention, l’écoute et la capacité des adultes à instaurer un climat dans lequel l’enfant peut parler sans craindre d’être jugé ou réprimandé. «Protéger, ce n’est pas seulement intervenir lorsqu’un problème s’ouvre. Protéger, c’est aussi prévenir. Protéger, c’est écouter. Protéger, c’est parler avant qu’il ne soit trop tard. »
Une bande dessinée pour parler d’un sujet sensible
Le choix du format n’est pas anodin. Mon corps, c’est mon corps se présente comme une bande dessinée destinée à la jeunesse, accompagnée d’une dimension pédagogique et ludique. Pour Salim Ghislain Ahouansè, cofondateur et responsable éditorial des Éditions Légendes, l’ouvrage est une «bande dessinée, pas comme les autres». Le manuscrit se distingue notamment par son guide d’accompagnement, conçu pour prolonger la lecture et faciliter l’utilisation du livre comme outil de sensibilisation.

Créées en 2021 à Porto-Novo, les Éditions Légendes ont accompagné le projet avec l’ambition d’en faire davantage qu’un ouvrage destiné aux rayons des librairies. L’éditeur espère qu’il pourra contribuer à faire évoluer les mentalités et devenir un véritable support de discussion avec les enfants. Son souhait est également que le livre dépasse les grands centres urbains et puisse atteindre les enfants partout au Bénin. «J’espère que la petite-fille de Djougou, la petite-fille de Karimama, la petite-fille de Malanville aura la chance de lire Mon corps, c’est mon corps et aura le droit de dire non lorsqu’on lui fait des propositions indécentes.» affirme-t-il.

Une ambition qui donne au projet une portée nationale et rappelle que la protection de l’enfant ne doit pas être réservée à quelques espaces ou à quelques catégories sociales.
Donner des mots là où il y a parfois du silence
L’un des défis auxquels s’attaque l’ouvrage reste celui du dialogue au sein des familles. Parler du corps, de l’intimité ou des comportements inappropriés avec un enfant peut encore susciter de la gêne, voire la crainte de rompre avec certaines habitudes éducatives.

Pour l’autrice, informer ne signifie pourtant pas enlever à l’enfant son innocence. Il s’agit plutôt de lui donner les repères nécessaires pour grandir dans un environnement plus sûr. Elle insiste ainsi sur la nécessité de «donner des mots là où il pourrait y avoir du silence», des repères là où la confusion pourrait s’installer et, surtout, d’indiquer aux enfants les adultes vers lesquels ils peuvent se tourner pour demander de l’aide. Car le silence peut isoler l’enfant. À l’inverse, une information adaptée à son âge peut lui permettre de poser une question, de signaler un malaise ou de chercher de l’aide.
« Votre corps vous appartient »
S’adressant directement aux enfants présents ou appelés à découvrir son ouvrage, Intisor K. Busari a livré un message particulièrement fort : «Mes chers enfants, votre corps vous appartient. Vous avez le droit de dire non lorsqu’une personne manque de respect à votre corps. Vous avez le droit de demander de l’aide lorsque vous ne vous sentez pas en sécurité. Vous avez le droit de parler lorsque vous n’êtes pas content. Vous avez le droit de dire lorsque quelque chose vous met mal à l’aise.» Un message qui résume finalement la philosophie de Mon corps, c’est mon corps qui est de permettre à l’enfant de mieux comprendre ses droits, sans lui faire porter la responsabilité de situations qu’il ne maîtrise pas.



Informer, prévenir et agir ensemble
La cérémonie de lancement a également été marquée par un panel de discussion autour du thème : « Protéger les enfants : informer, prévenir et agir ensemble ». Cette rencontre a permis d’élargir la réflexion au-delà du livre et de rappeler que la protection de l’enfant repose sur l’implication de plusieurs acteurs : familles, enseignants, institutions, professionnels, organisations et communautés.


Le livre apparaît ainsi comme un point de départ. Pour sa conceptrice, la sensibilisation ne peut s’arrêter à la publication. «Un livre peut ouvrir une conversation. Mais cette conversation doit ensuite continuer à la maison, à l’école et dans la communauté.» À travers l’Institut de la Parentalité et du Bien-être, qu’elle a fondé, Intisor K. Busari entend d’ailleurs poursuivre cette démarche auprès des enfants, des parents, des enseignants, des institutions et des professionnels.
De la présentation aux dédicaces
Après les différentes interventions, les échanges et le panel, la cérémonie s’est poursuivie avec une séance de vente et de dédicaces. Un moment plus direct entre l’autrice, les lecteurs et les familles venues découvrir l’ouvrage. Dans cette proximité avec le public se dessinait finalement l’objectif premier du projet qui est de faire sortir la question de la protection de l’enfant des seuls cadres institutionnels pour l’amener dans les familles et dans les conversations quotidiennes.



Avec Mon corps, c’est mon corps, Intisor K. Busari fait donc le pari de l’information comme première ligne de protection. Un pari résumé en quelques mots « L’information protège nos enfants». Reste désormais à faire vivre cette information au-delà de la cérémonie de lancement, dans les maisons, dans les écoles et dans les communautés. Car protéger un enfant ne consiste pas seulement à agir lorsque le danger est déjà là. C’est aussi lui apprendre, avec des mots adaptés à son âge, à comprendre son corps, à reconnaître ses limites et à savoir qu’il peut parler. Et surtout, qu’il sera écouté.
Bérénice Célia Gainsi
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