Amagbégnon, le slameur béninois qui fait découvrir le Fâ autrement
Amagbégnon fait partie de ces artistes qui ne laissent personne indifférent. Dans son slam, il parle ouvertement du Fâ, des traditions et de la spiritualité. Un choix assumé, né d’une histoire personnelle profonde. Lorsqu’il décide en 2013 de faire carrière dans la musique, il consulte un Boconon pour comprendre comment son art pourrait être utile. « Le signe révélé fut clair, porteur de trois impératifs : l’authenticité, l’humilité, et une initiation sacrée en forêt pour forger mon identité spirituelle », confie-t-il.
C’est à partir de cette expérience fondatrice qu’il crée ce qu’il appelle le “Slam Vodoun”. Pour lui, le Fa n’est pas seulement une inspiration : « Depuis ce jour, le Fa est la boussole de ma vie. Il éclaire mes choix artistiques et influence profondément ma création ». Il rappelle que les 256 signes du Fa sont une source immense d’histoires, de leçons et de chants qui nourrissent son imagination et donnent une dimension unique à son art.
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Reconnecter la jeunesse au Fâ : une urgence selon lui
Amagbégnon pense que la jeunesse béninoise doit redécouvrir cette tradition. Pour lui, ce n’est pas un retour en arrière : « Il est absolument vital de reconnecter les jeunes à la tradition du Fâ… Il propose une feuille de route complète pour le développement individuel et collectif ». Selon lui, le Fâ aide à mieux se connaître, à mieux orienter sa vie, à comprendre son tempérament et même à savoir comment affronter les défis du quotidien. C’est pourquoi il voit dans cette tradition une richesse que beaucoup ignorent encore.
Comment le public réagit ? Quand il parle du Fa sur scène, les réactions ne sont jamais neutres. « La réaction de mon public est toujours dynamique et nuancée », explique-t-il.Certaines personnes admirent et encouragent, d’autres rejettent totalement.Pour lui, chaque performance devient un moment de dialogue où chacun réagit selon son histoire et ses croyances.
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Un art militant, culturel, spirituel et esthétique
Amagbégnon le dit sans détour : « Ma démarche artistique est à la fois militante, culturelle, spirituelle et esthétique ».Il cherche à redonner une belle image du Vodoun et du Fâ, longtemps mal compris ou diabolisés.Il rappelle que « c’est uniquement par la beauté, l’éthique et l’utilité que nous pouvons faciliter un véritable dialogue interculturel et interreligieux ». Pour lui, son travail n’est pas seulement artistique ; il participe à la sauvegarde d’un patrimoine immatériel reconnu par l’UNESCO. À travers son slam, il donne une nouvelle vie aux récits, aux chants et aux messages du Fâ, mais dans une forme moderne, accessible et vivante.
Des obstacles bien réels
Son engagement lui attire aussi des critiques.« Je suis rejeté par une partie de ceux qui se réclament des religions révélées », dit-il. Il se souvient d’une performance où il a été attaqué verbalement et même spirituellement par des fidèles. Parfois, le simple fait de rappeler certains faits historiques comme le rôle du Vatican dans la traite négrière crée des tensions. Mais pour lui, ces obstacles montrent que son combat est nécessaire.
Pour Amagbégnon, le slam peut vraiment aider à changer la perception du Fa :« Il ne s’agit pas de donner une leçon ou de forcer une conversion, mais d’inviter à la découverte ».En mettant le Fa en scène avec beauté et modernité, il pense que l’art peut transformer la peur en curiosité et, parfois, en respect.C’est ainsi que, selon lui, le slam contribue à redonner au Fa la place qu’il mérite.
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L’entretien avec Amagbégnon, qui a permis la rédaction de cet article, a été réalisé dans le cadre de notre enquête pour notre participation au Prix Cultura 2025. Une compétition prestigieuse qui nous a d’ailleurs permis de remporter le prix du meilleur journaliste dans la catégorie presse numérique.
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Bérénice Célia Gainsi
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