×

CES : pourquoi le secteur des Arts et de la Culture ne compte-t-il qu’un seul représentant ? Ce que dit la loi et ce que cela implique pour les acteurs culturels béninois

CES : pourquoi le secteur des Arts et de la Culture ne compte-t-il qu’un seul représentant ? Ce que dit la loi et ce que cela implique pour les acteurs culturels béninois

Au Bénin, la publication de la liste des nouveaux membres du Conseil Économique et Social (CES) a suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique. Dans les milieux culturels en particulier, une interrogation revient avec insistance : pourquoi le secteur des Arts et de la Culture n’est-il représenté que par une seule personnalité au sein de cette importante institution de la République ?

Au-delà des commentaires et des émotions, la réponse se trouve d’abord dans les textes. Mais elle ouvre également un débat plus large sur la place qu’occupe aujourd’hui la culture dans les politiques publiques au Bénin.

Une représentation prévue par la loi

La composition du nouveau Conseil Économique et Social ne relève pas d’un simple choix politique. Elle découle de la loi organique n°2024-26 du 17 juillet 2024, modifiée par la loi n°2026-04 du 16 mars 2026, qui réorganise le fonctionnement du CES. Cette réforme a profondément transformé l’institution en mettant en place des Conseils Économiques et Sociaux départementaux ainsi qu’un Conseil Économique et Social national. Elle définit également les différentes catégories de personnes appelées à siéger au sein de l’institution.

Dans cette nouvelle architecture, le législateur a retenu le principe d’une représentation nationale unique pour le secteur des Arts et de la Culture. C’est dans ce cadre que Stanislas Degbo a été désigné pour représenter l’ensemble du secteur. Autrement dit, cette représentation n’est pas une décision prise au cas par cas. Elle résulte directement de la loi qui organise le fonctionnement du CES.

Une seule voix pour un secteur aux multiples réalités

Si le fondement juridique est clair, il soulève néanmoins une question de fond. Le secteur culturel béninois est loin d’être homogène. Il rassemble les musiciens, comédiens, danseurs, plasticiens, cinéastes, écrivains, photographes, conteurs, stylistes, créateurs numériques, promoteurs culturels, conservateurs du patrimoine, gestionnaires d’espaces culturels, techniciens du spectacle, artisans d’art et bien d’autres professionnels.

À cela s’ajoute une forte diversité territoriale. Les réalités vécues par un artiste à Cotonou ne sont pas toujours celles d’un acteur culturel à Natitingou, Parakou, Porto-Novo, Abomey ou Lokossa. Dans ce contexte, la mission du représentant du secteur apparaît particulièrement exigeante. Une seule personne est appelée à porter les préoccupations d’un univers composé de plusieurs filières, chacune confrontée à des défis spécifiques.

Une reconnaissance institutionnelle qui mérite d’être saluée

Malgré cette limite, la réforme comporte une avancée importante. Pour la première fois, le secteur des Arts et de la Culture bénéficie d’une représentation expressément prévue dans le cadre juridique du CES. Ce choix traduit une reconnaissance du rôle que joue désormais la culture dans le développement économique, social et identitaire du Bénin. Ces dernières années, les pouvoirs publics ont multiplié les initiatives en faveur du secteur : création entre autres agences , de l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (ADAC), adoption d’une nomenclature des métiers de l’art et de la culture, élaboration du statut de l’artiste et des professionnels de la culture, du statut de la maison de l’artiste, adoption de la loi portant industrie du cinéma et de l’image animée, investissements dans le patrimoine et les industries culturelles et créatives…etc.

La présence officielle d’un représentant du secteur au CES s’inscrit donc dans cette dynamique de structuration.

Une fonction qui dépasse les intérêts individuels

Le représentant des Arts et de la Culture n’est pas le porte-parole d’une seule organisation ni d’une seule discipline artistique. Sa mission consiste à contribuer aux avis du CES sur les politiques publiques susceptibles d’avoir un impact sur la vie nationale. À ce titre, il peut faire entendre la voix du secteur sur des questions telles que le financement de la création, la protection sociale des artistes, les droits d’auteur, la formation, la professionnalisation des métiers, le développement des industries culturelles et créatives ou encore la sauvegarde du patrimoine culturel.

Son efficacité dépendra donc moins de son statut que de sa capacité à consulter régulièrement les organisations professionnelles, les fédérations, les associations d’artistes et les opérateurs culturels afin de porter des positions réellement représentatives.

Le véritable défi : organiser la parole du secteur

L’enjeu majeur ne réside peut-être pas dans le nombre de représentants. Le véritable défi est celui de l’organisation du secteur lui-même.

Au fil des années, le monde culturel béninois s’est progressivement doté de cadres de concertation destinés à fédérer les différentes familles artistiques. C’est notamment le cas du Conseil National des Organisations d’Artistes (CNOA), qui rassemble plusieurs organisations professionnelles du secteur autour de préoccupations communes.

Sans se substituer aux institutions de la République, le CNOA peut constituer un espace privilégié de dialogue, de consultation et d’élaboration de propositions. Dans le contexte de la nouvelle configuration du Conseil Économique et Social, un tel cadre peut contribuer à recueillir les attentes des artistes et des professionnels de la culture avant leur transmission au représentant du secteur.

Cette dynamique apparaît d’autant plus importante que les défis du monde culturel sont nombreux : financement des projets, professionnalisation des métiers, protection sociale, droits d’auteur, développement des industries culturelles et créatives, valorisation du patrimoine, amélioration des conditions de travail des artistes et accès aux marchés. Ainsi, la représentation du secteur au CES ne pourra pleinement produire ses effets que si elle s’appuie sur une concertation permanente avec les organisations professionnelles. Plus cette concertation sera structurée, plus la voix portée au sein du CES aura de poids, de légitimité et de crédibilité.

Dans cette perspective, le CNOA, aux côtés des fédérations, associations et autres organisations professionnelles, pourrait jouer un rôle de trait d’union entre les acteurs culturels et leur représentant au sein du Conseil Économique et Social, en favorisant l’expression d’une vision collective des enjeux du secteur.

Une responsabilité historique

La désignation d’un représentant des Arts et de la Culture au CES ne constitue pas une fin en soi. Elle ouvre une nouvelle étape dans les relations entre les institutions de la République et le monde culturel. Pour Stanislas Degbo, la responsabilité est considérable. Pour les artistes et les professionnels de la culture, le défi consiste désormais à transformer cette représentation en un véritable espace de dialogue, de propositions et de plaidoyer.

Au-delà d’un simple siège au sein d’une institution, c’est la capacité du secteur culturel béninois à parler d’une seule voix sur les grandes questions nationales qui sera désormais observée.

Bérénice Célia Gainsi

Share this content:

Laisser un commentaire

You May Have Missed