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Salon du Livre Féminin de Dakar : le matrimoine africain au cœur de la transmission

Salon du Livre Féminin de Dakar : le matrimoine africain au cœur de la transmission

Réunies du 22 au 24 octobre 2026 à Dakar, au Sénégal, des femmes de lettres et des professionnelles du livre ont pris part à la 5è édition du Salon du Livre Féminin. Placée sous le thème «Le matrimoine en action : hériter, écrire, transformer», cette rencontre met en lumière les héritages transmis par les femmes, leur place dans la création littéraire et leur contribution à la vie culturelle africaine.

Pendant trois jours, la Place de la Nation a accueilli la 5è édition du Salon du Livre Féminin, une initiative portée par l’association Les Cultur’Elles sous l’impulsion d’Amina Seck. À travers cette rencontre, les organisatrices entendent donner davantage de visibilité aux femmes qui écrivent, publient, transmettent les savoirs et contribuent à faire vivre la littérature. Le thème retenu, « Le matrimoine en action : hériter, écrire, transformer », invite à porter un regard sur les connaissances, les œuvres et les traditions héritées des générations précédentes, mais aussi sur la manière dont les femmes d’aujourd’hui les font évoluer. Selon les informations publiées par les organisateurs sur le site officiel du Salon, cette édition devait réunir plus de 120 autrices, avec 18 pays représentés et 65 rencontres annoncées.

Le matrimoine, un héritage à reconnaître et à transmettre

Au cœur de cette édition, le matrimoine occupe une place centrale. Le terme désigne ici les héritages culturels, intellectuels et artistiques transmis par les femmes, notamment à travers la littérature, les récits oraux, les traditions et les expériences de vie. Pour Amina Seck, initiatrice du Salon du Livre Féminin de Dakar, ce thème s’inscrit dans une volonté de reconnaître le travail des femmes qui ont ouvert la voie aux générations actuelles. «On a pensé vraiment revenir sur le travail des femmes, celles qui nous ont précédées, celles qui nous ont balisé le chemin et celles qui nous ont toutes inspirées dans la littérature pour pouvoir créer un thème», explique-t-elle dans un reportage consacré à l’événement.

Au-delà de la reconnaissance des écrivaines, la promotrice souligne également les progrès réalisés dans la chaîne du livre. De l’écriture à la distribution, en passant par la correction, l’édition et la librairie, les femmes peuvent intervenir à différentes étapes de la production et de la diffusion des œuvres. «Aujourd’hui on peut avoir une écrivaine qui écrit son livre, elle peut avoir une correctrice, elle peut avoir une éditrice, elle peut avoir une distributrice et elle peut avoir une libraire, toute la chaîne du livre. Donc ça je pense que c’est un progrès», souligne Amina Seck.

Cette réflexion rappelle que la promotion de la littérature féminine ne concerne pas uniquement les autrices. Elle touche aussi l’ensemble des professionnelles qui participent à la réalisation, à la diffusion et à la valorisation des ouvrages. Dans son compte rendu du 23 octobre 2026, le quotidien sénégalais Le Soleil revient également sur cette volonté de mieux faire reconnaître les femmes comme créatrices et transmettrice de mémoire.

Le Mali à l’honneur, entre mémoire et transmission des savoirs

Pour cette cinquième édition, le Mali a été désigné pays invité. Sa participation a permis de mettre en avant les voix féminines maliennes et de souligner l’importance des échanges culturels entre les pays africains. Représentant la délégation malienne, Safiétou Ba a insisté sur la place des femmes dans la transmission des connaissances au sein des familles et des communautés. «On a tous hérité de nos grands-mères, de nos mamans, à travers des contes, à travers des conseils à la maison, même la cuisine», rappelle-t-elle. À travers ce témoignage, elle évoque des savoirs qui se transmettent parfois en dehors des livres : les histoires racontées aux enfants, les conseils des aînées, les pratiques quotidiennes et les expériences partagées entre générations.

Elle décrit également cet héritage comme un bagage intellectuel transmis aux jeunes filles, notamment au moment où elles apprennent à assumer de nouvelles responsabilités dans leur vie familiale et sociale. La représentante de la délégation malienne a par ailleurs exprimé le souhait de voir se multiplier les occasions de rencontre entre les acteurs culturels des deux pays.«Nous sommes venus, on partage l’écriture ensemble, on a passé des expériences aujourd’hui, mais ça sera bien que souvent on participe à de tels salons. Peut-être qu’un jour on peut les inviter également à aller au Mali pour participer à des activités culturelles», a-t-elle déclaré. Cette intervention met en évidence une dimension importante du salon : faire du livre un espace de dialogue entre les cultures, les expériences et les générations, au-delà des frontières nationales.

Éditrices et autrices, des actrices essentielles de la littérature

La valorisation des femmes dans la littérature passe également par le travail des maisons d’édition. En accompagnant les autrices dans la publication et la diffusion de leurs œuvres, ces structures contribuent à rendre leurs écrits accessibles au public. Boulé Badji, représentante d’une maison d’édition interrogée dans le reportage, témoigne de cet engagement. «On a vraiment édité énormément d’autrices, on les accompagne. J’ai énormément de respect et d’admiration pour toutes ces femmes-là qui sont là et qui écrivent au quotidien pour la condition de la femme», affirme-t-elle.

Son témoignage rappelle le rôle des professionnelles de l’édition dans l’émergence des voix féminines et la circulation des récits qui interrogent la condition des femmes. Le Salon offre ainsi un cadre de rencontre entre autrices, éditrices, libraires et lecteurs. Ces échanges permettent de présenter des ouvrages, de faire découvrir de nouvelles plumes et de rapprocher les créatrices de leur public.

Véronique Tadjo, invitée d’honneur de cette édition

La cinquième édition a également mis à l’honneur l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo. Autrice de romans, de poésie et de littérature pour la jeunesse, elle est reconnue pour une œuvre qui explore notamment la mémoire, l’histoire, les femmes et les sociétés africaines.

Sa présence s’inscrit dans la volonté des organisateurs de donner une place importante aux écrivaines dont les œuvres nourrissent la réflexion sur les héritages culturels et les réalités contemporaines. Son parcours et ses publications sont présentés sur le site officiel du Salon du Livre Féminin de Dakar.

Des rencontres pour faire vivre le livre

Pour favoriser les échanges entre les professionnelles du livre et le public, le programme a prévu des conférences, des ateliers, des séances de dédicaces, des projections, des spectacles et des expositions. Ces activités ont permis aux participantes de présenter leurs créations, de partager leurs expériences et d’aborder différentes questions liées à la littérature et à la transmission culturelle.

Le Salon s’inscrit également dans une démarche de soutien à la création. En amont de cette édition, une résidence d’écriture organisée en avril 2026 à l’Institut Français de Dakar a réuni dix femmes autour de la nouvelle. Accompagnées par les écrivaines Sokhna Benga et Mariétou Seck Samb, les participantes ont travaillé à la réalisation du recueil collectif «À Contre-Plumes». Cette initiative a été présentée dans un article du quotidien Le Soleil publié le 2 octobre 2026. Lire l’article consacré au recueil À Contre-Plumes.

Deux prix pour distinguer des œuvres féminines

La promotion des autrices s’est également traduite par la remise de deux distinctions littéraires lors de l’ouverture du salon, le 22 octobre 2026. Le Prix Ken Bugul du Livre 2026 a été décerné à Nataly Ong pour son roman La danseuse de Saïgon. L’ouvrage raconte l’histoire d’une jeune mère vietnamienne qui élève seule ses trois enfants dans les dernières années de la guerre du Vietnam et accepte un emploi de danseuse pour tenter de sortir de la précarité.

Le Prix des lycéennes du premier livre féminin a, quant à lui, été attribué à l’écrivaine sénégalaise Fatou Warkha Samb pour son ouvrage Assignée au silence, publié en 2025. Ces résultats ont été rapportés par l’Agence de Presse Sénégalaise (APS). Ils illustrent la place accordée à la diversité des parcours et des œuvres féminines au sein de cette édition.

Faire du matrimoine une mémoire vivante

À travers cette cinquième édition, le Salon du Livre Féminin de Dakar remet au centre du débat la place des femmes dans la construction et la transmission du patrimoine culturel. Des histoires racontées par les grands-mères aux œuvres publiées par les écrivaines contemporaines, l’héritage féminin prend des formes multiples qui méritent d’être documentées, préservées et partagées.

Les témoignages d’Amina Seck, de Safiétou Ba et de Boulé Badji soulignent, chacun à leur manière, l’importance de reconnaître celles qui transmettent les savoirs, celles qui créent et celles qui contribuent à faire circuler les œuvres. En associant littérature, mémoire et échanges culturels, le salon entend ainsi rappeler que les femmes ne sont pas seulement les héritières d’un patrimoine. Elles participent aussi activement à sa construction et à son évolution.

À Dakar, le matrimoine se présente donc comme un héritage à faire vivre : en reconnaissant les voix du passé, en donnant toute leur place aux créatrices d’aujourd’hui et en ouvrant aux générations futures de nouvelles possibilités d’écriture et d’expression.

Bérénice Célia Gainsi (Source: Les Cultur’Elles ; Le Soleil ; Agence de Presse Sénégalaise )

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