Restitution du patrimoine : le Bénin et l’Allemagne explorent de nouvelles pistes de coopération muséale
Réunis le 13 octobre 2026 à Cotonou, des experts béninois et allemands ont échangé sur la restitution des biens culturels issus du passé colonial et les perspectives de collaboration entre les institutions muséales des deux pays. La recherche de provenance, la transmission de la mémoire et le renforcement des compétences locales ont constitué les principaux axes de cette rencontre.
La restitution des biens culturels ne se résume pas au retour physique des objets dans leur pays d’origine. Elle implique aussi un travail de recherche historique, une reconnaissance des injustices du passé et une coopération durable entre les institutions concernées. C’est l’un des principaux enseignements de la conférence intitulée «Restitution et coopération entre musées – Expériences du Bénin et de l’Allemagne», organisée le mardi 13 octobre 2026 au ministère des Affaires étrangères, à Cotonou.
La rencontre, organisée avec la participation des autorités béninoises et de l’ambassade d’Allemagne, a réuni des responsables institutionnels, des chercheurs et des professionnels du patrimoine. Elle a notamment permis de croiser les expériences des deux pays autour des défis liés à l’identification, à la restitution et à la valorisation des biens culturels conservés à l’étranger.
Le retour des objets, une question de mémoire et de dignité
Dans son intervention, le Ministre béninois de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yassine Latoundji, a rappelé la portée historique et symbolique de la restitution des trésors culturels du Bénin. Il est revenue sur le retour, en novembre 2021, de 26 œuvres royales restituées au Bénin par la France, après leur enlèvement lors de la conquête coloniale de 1892. Pour le Ministre, ces objets dépassent largement leur valeur artistique ou matérielle.

Ils constituent des témoins de l’histoire, de l’organisation politique et des traditions du peuple béninois. «Un peuple ne réclame pas des objets, il réclame la part de lui-même qu’on lui a retirée», a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de replacer les œuvres dans leur contexte historique et culturel.
Il a également rappelé les démarches engagées par le Bénin depuis 2016 pour obtenir le retour de son patrimoine, malgré les difficultés rencontrées. Aujourd’hui, le pays poursuit ses efforts pour préparer l’accueil, la conservation et la valorisation des œuvres, notamment à travers le développement de ses infrastructures muséales et la formation de professionnels.
Le ministre a présenté trois axes de coopération : chercher, restituer et partager. Il s’agit d’identifier les objets issus du patrimoine béninois conservés en Allemagne, de faciliter leur retour lorsque les recherches établissent les conditions qui le justifient, puis de renforcer les échanges scientifiques, les formations et les projets d’exposition.



L’Allemagne mise sur la recherche et la coopération
L’Ambassadeur d’Allemagne au Bénin, Stefan Buchwald, a pour sa part présenté les démarches entreprises par son pays pour examiner son passé colonial et faciliter la restitution des biens culturels concernés. Il a notamment évoqué le retour au Nigeria, à partir de 2022, de bronzes du royaume historique du Bénin, situé dans l’actuel Nigeria. Ce processus a été accompagné par le transfert de propriété de centaines d’objets conservés dans des collections allemandes.
Le diplomate a insisté sur l’importance de la recherche de provenance, qui consiste à retracer l’histoire d’un objet, son origine, ses différents propriétaires et les conditions dans lesquelles il est entré dans une collection. Cette démarche exige du temps, des moyens financiers et des compétences spécialisées. Elle constitue néanmoins une étape essentielle pour mieux documenter les collections et examiner les demandes de restitution.

L’Ambassadeur a également évoqué la mise en place, en Allemagne, de mécanismes de coordination destinés à faciliter le dialogue entre les autorités, les musées, les universités et les pays d’origine des biens culturels. L’objectif est notamment de rendre les procédures plus transparentes et de favoriser des démarches concertées avec les partenaires concernés.
Le musée MARKK partage son expérience
Directrice du musée MARKK de Hambourg, en Allemagne, la professeure Barbara Plankensteiner a présenté l’expérience de son institution en matière de recherche historique, de coopération internationale et de gestion des collections issues de contextes coloniaux.
Le musée MARKK, consacré aux cultures et aux arts du monde, conserve environ 200 000 objets, ainsi que d’importantes collections photographiques et documentaires. Comme d’autres musées européens, il est engagé dans une réflexion sur l’histoire de ses collections et sur la manière de mieux associer les sociétés d’origine à leur présentation.

Barbara Plankensteiner a notamment évoqué le Benin Dialogue Group, un cadre de concertation entre des musées européens et des partenaires nigérians autour du patrimoine du royaume historique du Bénin. Elle a également présenté Digital Benin, une plateforme numérique qui rassemble des informations sur des milliers d’objets dispersés dans des collections internationales. Le projet permet de consulter des photographies, des documents historiques et des données sur la provenance des œuvres. Cet outil illustre l’intérêt du numérique pour rendre les collections plus accessibles et faciliter les recherches. Le logiciel développé dans le cadre du projet pourrait aussi inspirer d’autres initiatives de documentation patrimoniale.
Pour la directrice du musée MARKK, la coopération muséale doit également permettre de mieux raconter les histoires humaines liées aux objets, notamment les violences et les rapports de pouvoir qui ont marqué la période coloniale. Il ne s’agit donc pas seulement de présenter des œuvres, mais aussi de donner une place aux voix et aux expériences des sociétés dont elles sont issues.
Alain Godonou appelle à élargir la réflexion
Président du Comité Scientifique National chargé de la Restitution des Biens Culturels du Bénin, le professeur Alain Godonou a invité les participants à ne pas limiter la réflexion à la seule question de la provenance. S’il reconnaît l’importance de retracer le parcours des objets, il estime que ceux-ci peuvent également éclairer des pans plus larges de l’histoire africaine : les relations diplomatiques, les échanges culturels et commerciaux, ainsi que les liens entre les sociétés africaines et le reste du monde avant la colonisation.

Pour lui, les œuvres conservées dans les musées sont aussi des témoins de leur époque. Leur étude doit contribuer à mieux comprendre les sociétés qui les ont produites et les circonstances historiques qui ont conduit à leur déplacement. Le professeur Godonou a par ailleurs rappelé que la restitution soulève trois questions fondamentales à savoir : pourquoi restituer, comment le faire et que deviennent les objets une fois revenus dans leur pays d’origine?
Au Bénin, cette réflexion s’inscrit dans une démarche scientifique et institutionnelle visant à documenter les demandes, à préserver les œuvres et à les inscrire dans une histoire nationale partagée. Le professeur Alain Godonou plaidant pour un dialogue entre les pays concernés afin de construire un avenir fondé sur une meilleure compréhension de leur histoire commune.
Vers une coopération durable entre les musées
Au-delà des interventions, la conférence a ouvert la voie à des échanges sur les perspectives de collaboration entre les institutions béninoises et allemandes. Les discussions ont notamment porté sur le partage de connaissances, la recherche scientifique, la formation des professionnels et la documentation des collections.
Plusieurs responsables du secteur muséal béninois ont également pris part aux échanges, dont Jacques Ayer, Directeur Général de la Réunion des Musées Publics du Bénin, le professeur Didier Houénoudé, historien de l’art, et le docteur Franck Ogou, directeur de l’École du Patrimoine Africain, qui a animé les discussions.




Pour le Bénin, l’enjeu est sous deux axes. Le premier qui est de poursuivre les démarches visant à retrouver les biens culturels emportés à l’étranger et ke second qui se veut de renforcer les capacités nécessaires à leur conservation et à leur transmission aux générations futures. Cette ambition suppose des musées mieux équipés, des professionnels formés et une connaissance approfondie des collections. Elle nécessite également des partenariats dans lesquels les institutions des pays d’origine participent pleinement aux décisions concernant leur patrimoine.





En réunissant les expériences béninoise et allemande, la conférence a ainsi mis en évidence une conviction commune : la restitution ne constitue pas une fin en soi. Elle peut aussi devenir le point de départ d’une coopération scientifique et culturelle plus équilibrée, fondée sur la transparence, le dialogue et la reconnaissance de l’histoire. Pour le Bénin, il s’agit désormais de faire du retour du patrimoine un levier de connaissance, de transmission et de réappropriation de son histoire.
Bérénice Célia Gainsi
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